
Congrégation Sœurs de la charité Notre-Dame d'Evron
En ce dimanche 8 juin 2025, jour de la Pentecôte, l’église de Courteille à Alençon se remplit rapidement. Ce jour-là, Sœur Marité Périgois nous invite à fêter ses 80 ans d’âge et ses 50 ans de Vie religieuse. Bien sûr, les paroissiens sont là mais surtout des sœurs de sa congrégation, sa famille, les membres de la FEDEAR (Fédération d’Equipes apostoliques de religieuses et religieux), les Missions Ouvrières de l’Orne et de la Sarthe, la CIMADE (accompagnement de migrants et réfugiés), les frères et sœurs venus d’ailleurs… Une foule qui va s’accroître pour le repas partagé le midi car, bien sûr, on ne s’inscrit pas mais on vient et les organisateurs s’adaptent !
« Marité, qu’est-ce qui t’a le plus marqué dans cette journée ?
― Avant tout, le renouvellement de mes vœux. Il était important pour moi de fêter la fidélité de Dieu qui nous choisit et nous appelle. Je voulais aussi que cette journée soit la fête de la fraternité universelle, manifestée dans le partage, les rencontres, les retrouvailles. Tout cela s’est vécu bien au-delà de ce que je pouvais imaginer. Je ne peux que remercier tous ceux que j’ai pu rencontrer sur ma route, et qui m’ont permis d’être ce que je
suis devenue.
― Tu penses particulièrement à qui ?
― C’est la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), à Laval, qui m’a fait découvrir que Dieu n’est pas dans les nuages mais bien dans le cœur de mes frères et sœurs, en particulier les plus fragiles. C’est là aussi que j’ai découvert l’engagement syndical et j’ai fait partie de ceux qui ont travaillé la convention collective des employées de maison. Au Mans, à Coulaines, j’ai découvert l’ACE (Action catholique des enfants) et la CSF (Confédération syndicale des familles), et j’ai accompagné des jeunes en précarité de la JOC. Et à Alençon, j’ai continué tous ces engagements.
50 ans de Vie religieuse
― Il y a aussi ton engagement avec les immigrés, les frères et sœurs venus d’ailleurs.
― En 2009, un matin de bonne heure, une famille Kosovar est venue frapper à ma porte. Le papa tenait deux petits garçons par la main et la maman portait un bébé dans ses bras. Immédiatement m’est venue à l’esprit la parole de la Bible : « Si je frappe à ta porte, m’ouvriras-tu ? » Après leur avoir servi un bon petit déjeuner, j’ai pris contact avec la CIMADE et ce fut le début de bien des
démarches à la Préfecture. Par la suite, je me suis engagée dans l’accueil des frères et sœurs venus d’ailleurs, j’ai rejoint le réseau « Education sans frontière », tout en restant engagée à la CIMADE.
― Tu vis dans un quartier populaire depuis 1993, d’abord dans une communauté de trois ou quatre sœurs pendant dix ans, puis seule maintenant, à la demande de ta congrégation. Comment vis-tu cette présence en quartier populaire ?
― Il y a toutes les rencontres, le partage de la vie des gens, les liens avec les migrants. Il y a aussi les moments plus difficiles, les moments de tensions. Mais je sens un certain respect des gens parce que je suis mal-voyante et me déplace avec une canne. Je suis aussi en lien avec le Centre social, partie prenante des fêtes de quartier, de la fête des voisins… Pendant 20 ans, nous avons fait une célébration à l’occasion de Noël, à laquelle venait beaucoup de monde du quartier, et l’évêque du diocèse y est venu une fois. Avec d’autres religieuses vivant en quartiers populaires, nous nous retrouvons régulièrement en équipes FEDEAR. Comme pour la Mission Ouvrière, j’ai découvert la FEDEAR au Mans. Nos rencontres nous permettent de reprendre tous nos engagements et de les relire à la lumière de l’Évangile. »
Quelques passages de l’homélie prononcée à l’occasion de ces 50 années de Vie religieuse peuvent nous permettre de conclure cet échange :
« La FEDEAR, c’est la Fédération des équipes de religieuses apostoliques, dont la plupart des membres vivent en communautés dans les quartiers populaires. Bien sûr, nos congrégations vieillissent et il devient de plus en plus difficile de faire exister ces communautés qui sont de moins en moins nombreuses, et qui répondent pourtant à un appel essentiel de l’Église, qui se doit d’être missionnaire en allant vers ce que le pape François appelait les périphéries ; ces lieux dont l’Église est parfois bien éloignée, mais où se vivent des démarches de solidarité remarquables. Par leur prière, leur vie communautaire, leur présence et leur engagement auprès les personnes qui les entourent, les religieuses témoignent de l’attention que Dieu porte à chacun, quels que soient son origine, sa couleur de peau, sa culture, ses choix de vie. La fête de la Pentecôte nous rappelle que l’Église est universelle. Les Parthes, les Mèdes ou les Elamites d’aujourd’hui sont parmi nous. Merci à Monseigneur Ulrich, archevêque de Paris, de nous avoir rappelé, lors de l’inauguration de Notre-Dame restaurée, que l’Église n’est pas réservée aux chrétiens pratiquants, mais qu’elle est la maison de tous, ouverte à tous, accueillante à tous.
Il n’y a pas bien longtemps que la Basilique d’Alençon a ainsi servi de refuge à des gens venus d’ailleurs. « Parthes, Mèdes, Elamites, tous nous les entendons dire dans notre langue les merveilles de Dieu. » Puisse notre Église et tout le peuple chrétien, et tout le peuple croyant être ouverte à tous et témoigner de l’amour de Dieu pour chacun. »
Et Sœur Marité ajoute : « Comment ne pas rendre grâce au Seigneur pour tant de richesses humaines et chrétiennes révélées dans ces multiples rencontres, engagements et partages au cours de ces cinquante années ? Alléluia ! »
Recueilli par J.P. Firmesse